Philippe Gascuel : Philippe.Gascuel@wanadoo.fr
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France
Version 2, 17/4/2001
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Février 2010 - Note pour linguistes : La modalisation de ce livre n'a pas été revue, c'est celle d'origine
Ci-dessous, l'introduction et la conclusion du livre, et la table des matières
La pratique des hommes s'accompagne toujours d'une "méthode", sinon elle est seulement animale. Les hommes n'agissent pas seulement en faisant des gestes, ils pensent en même temps à ce qu'ils ont déjà fait de semblable, et ils rêvent à ce qu'ils pourraient faire de mieux encore. La méthode fait partie de l'identité des hommes, ils y rangent les leçons de leurs défaites et de leurs succès, ils en échangent les richesses avec les autres.
L'une des pratiques des hommes, sans-doute la plus difficile, concerne le maintien, ou la transformation progressiste, de leur vie en société. La méthode correspondante, jusqu'à ce jour, n'a pas été très assurée, on peut même parfois se demander s'il en existe, ou s'il en a jamais existé une. Après les utopistes (Platon, Saint Simon, Fourrier, Owen ...), leurs rêves et quelquefois leurs essais, sont venus Marx, Engels, Lénine, Mao-Zedong ... , qui, avec des peuples entiers, ont initialisé des transformations de société d'importance historique. L'URSS s'est écroulée, principalement de l'intérieur, et l'immense Chine, au développement économique extraordinaire, reste un mystère politique pour nous.
Ici en France, pourrions nous "assurer la suite" de cette ambition tellement humaine : aller vers une société qui fonctionne à partir des hommes qui la composent ? Il me semble évident que cela ne peut pas s'imaginer comme une pratique spontanée : cela ne peut se faire qu'avec une forte dose d'éducation militante et citoyenne, qu'avec une pratique accompagnée d'une méthode. Cette méthode ne peut être que la synthèse, toujours en cours de construction, des leçons de la pratique .
Développons cette idée ambitieuse : les militants et les citoyens d'aujourd'hui ont une méthode qui accompagne leur pratique au service du progrès social (voire révolutionnaire). Cette méthode est aujourd'hui en plein bouleversement, suite à l'écroulement dans le monde entier, des partis communistes à fonctionnement centralisé, ces partis qui avaient dans l'opinion générale monopolisé l'idée d'un comportement social rationnel. Personne ou presque n'envisage de revenir aux méthodes de fonctionnement qu'ils proposaient, et il est impossible aussi d'accepter le fonctionnement sauvage (sans méthode au service de tous) du capitalisme mondialisé. L'idée même de méthode est en crise. Quelle méthode, humaine, nouvelle, donc adopter ?
Les militants et les citoyens veulent maintenant, chacun, être responsables, créateurs, solidaires, et à partir de là ils veulent être efficaces tant individuellement, qu'au sein de collectifs et organisations qui seraient leurs uvres, et qui resteraient leurs uvres. Il n'est pas question, pour les militants et les citoyens nouveaux, que les collectifs ou organisations reprennent comme hier possession des militants et citoyens qui les ont créées, et en fassent à nouveau des exécutants, comme on a pu le voir, pour une part, même en France. Une méthode donc se cherche, reste à découvrir. Une méthode au service des militants et des citoyens qui veulent transformer la société vers ce qui leur tient tellement à cur : que les hommes, tous les hommes, n'y soient plus mutilés, exploités, mais heureux, c'est à dire plus hommes, c'est à dire plus responsables, plus créateurs, plus solidaires. Ce petit livre voudrait contribuer à cette recherche d'une méthode nouvelle, à cette découverte collective en train de se faire.
Pour moi (l'auteur), il s'agit, à partir d'un exemple précis, riche, de dire ce que j'entends par être un "citoyen-militant" aujourd'hui. Je m'appuie sur une expérience vécue ancienne, pour la mémoire de laquelle, sentant qu'elle était précieuse, j'ai accumulé, à mesure, il y a bien longtemps, beaucoup d'archives. Un recul de 40 ans n'est pas forcément un inconvénient quand il s'agit de faire de la théorie sur des pratiques fondamentales impliquées dans la transformation de la société, de l'humanité. J'estime même que c'est un grand avantage, et je vais essayer de profiter au mieux de la chance qui m'a été donnée de vivre cette expérience qui annonçait le printemps, et d'avoir ensuite assez vécu pour avoir ce recul.
Comment j'ai compris la chose à l'époque, comment je la comprends encore maintenant ... Une compréhension rodée en somme.
Les citoyens-militants d'aujourd'hui, ils sont de plus en plus nombreux, tireront-ils avantage de mes réflexions prolongées ? C'est ce que j'espère.
A l'heure actuelle une partie des idées que j'ai acquises, et que je tente plus loin de formuler, est partagée par beaucoup. Par exemple, la notion d'initiative individuelle est devenue un des lieux communs de la vie politique française, dominée par une méfiance " tous azimuts " envers les organisations syndicales et politiques, et par une multiplication des associations qui prônent l'investissement citoyen des individus.
Mais une partie de mes idées, la plus importante, est absente, c'est l'idée que la créativité n'est pas spontanée, qu'elle s'éduque, qu'elle se forge, qu'elle a besoin d'une "méthode" : c'est ce que je disais plus haut.Après une période dominée par l'explosion de l'individualité, nous entrons dans une période d'interrogations, notamment sur le rôle des organisations, et de façon souvent dramatique sur l'articulation entre organisation et citoyenneté personnelle. Ce livre est un élément de la réflexion sur ce sujet, alimenté par une expérience qui a traversé de multiples périodes, de multiples " modes ", mais qui est devenu visiblement de grande actualité.
Il s'adresse, au delà même des militants de gauche traditionnels, à tous ceux qui découvrent l'implication citoyenne dans un projet de solidarité créative et responsable.
Ce livre contient trois sortes de chapitres. Dans ceux de la première sorte, je raconte (presque en langage parlé) mon expérience d'ouvrier et de militant syndical, dans une usine qui s'appelle maintenant l'Aérospatiale. Ce récit couvre à peu près sept années de 1955 à 1962, et relate principalement deux grandes grèves qui, fait exceptionnel pour l'époque ont été pratiquement " autogérées ", ainsi que les enjeux et les luttes idéologiques qui ont permis et accompagné ces grèves.
Dans les chapitres de la seconde sorte, dits "d'analyse", je pars de thèmes illustrés par les récits qui ont précédé, et j'introduis des éléments essentiels de "méthodologie"... J'introduis en fait des "repères" : ceux que j'ai mis au point pour mon action particulière, dans des situations particulières. J'ai tenté d'en faire des repères universels. Pour cela j'ai forgé un formalisme en utilisant quelques petites phrases, chacune avec un verbe (toujours le verbe "modifier"), et deux protagonistes : toujours le lecteur-citoyen d'une part, et toujours en face de lui, d'autre part, le monde qu'il affronte ... ou bien le monde qu'affronte un autre citoyen quand il s'agit de problèmes de solidarité.
La troisième sorte de chapitres, dits de "théorie", est consacrée à la "méthode" proprement dite , on trouvera deux chapitres de cette sorte. La méthode regroupe de façon rationnelle, ordonnée, les "petites phrases" proposée dans les chapitres d'analyse. Il est question aussi de deux "postulats d'espérance" que je n'ai pas choisis et qui m'ont accompagné toute ma vie. Ces postulats dessinent le profil des citoyens et militants qui sont le plus proches du contenu de ce livre.
La "méthode" est très "construite". C'est le cur de ce livre. Il s'agit d'une méthode aussi générale que possible, consistant en des opérations définies par des "règles", en nombre très limité.
A partir de ce formalisme de base, on retrouve et on précise le sens des mots courants de la citoyenneté et du militantisme : responsabilité, créativité, solidarité, rapports individuel-collectif, direction collective, organisation politique, humanisme, révolutionnaire, gestionnaire, gauchiste, sectaire, individualiste, collectiviste, etc.
Au fil des pages, la densité en "récit" ira en diminuant, et la densité en "méthode théorisée" en augmentant.
A la maison, lorsque j'étais enfant, on savait tout des affaires du monde (mon père avait fondé une revue d'études politiques et économiques). J'ai assez vite compris que le monde allait mal, que la civilisation actuelle était malade, et que finalement l'époque de la bourgeoisie conquérante était révolue. Il fallait créer un autre monde.
Après des études universitaires scientifiques, puis une année comme paysan, j'ai décidé, aidé par ma femme, d'aller chercher les vraies idées d'avenir chez ceux qui en ont le plus besoin et qui en sont finalement porteurs : les ouvriers d'usine. C'était la période des prêtres ouvriers, je me suis voulu "philosophe-ouvrier", ce qui signifiait pour moi, dans un monde ouvrier que je voyais comme potentiellement créateur, participer à cette créativité en la théorisant.
Je suis entré à l'usine en 1955 comme ouvrier en matières plastiques, parce que, ce métier étant tout neuf à ce moment-là, tout était à créer. (Douze ans après je devenais technicien en informatique, métier en émergence lui aussi à l'époque). Membre de la direction syndicale C.G.T. à "Nord-Aviation" lors de grandes grèves tournantes en 1959 et 1961 je crois avoir influé sur la manière, nous dirions actuellement autogestionnaire ou autogérée, dont ces grèves ont été menées.
J'ai adhéré au parti communiste en 1962, sept ans après mon entrée à l'usine. Et je me suis consacré à formuler et formaliser les principes qui avaient guidé mon action syndicale, et à tenter de les populariser.
En 1966, la direction nationale du parti communiste m'a désavoué, et m'a demandé d'arrêter ma "propagande".
On tente maintenant de tout réinventer. Puisse mon expérience ancienne ici rapportée faire gagner du temps et de la peine.
Des citoyens-militants ?
Les citoyens-militants existent, et on voit bien que sans eux l'humanité va rester coincée dans le capitalisme, et va souffrir de plus en plus, ou même va s'autodétruire. L'avenir appartient donc à cette nouvelle sorte d'êtres humains, plus responsables, plus créateurs, plus solidaires, individuellement et collectivement.
Le temps est arrivé d'en prendre conscience, de savoir en parler, et de ne plus se contenter "d'essayer de faire" empiriquement. Faire la théorie de sa pratique est une "façon de faire" spécifiquement humaine. Cette façon de faire permet aux humains d'accumuler les acquis, les bonnes recettes du nouveau "savoir faire". Elle leur permet de tester, de critiquer, de rejeter, d'enrichir, de confirmer etc. Elle est source de progrès. Si elle ne se met pas en place, elle est là quand même, à l'état de manque, elle travaille par dessous, elle est source d'amertume, de désespoir. Un nouveau langage est nécessaire : pour soi, et pour communiquer, pour progresser individuellement et collectivement.
1.1 - UNE MÉTHODE, POURQUOI ET COMMENT ?
1.2 - PRÉSENTATION DU LIVRE, SA FORME
1.3 - PRÉSENTATION DE L'AUTEUR
2.1 - L'EMBAUCHE
2.2 - L'ATELIER DES MATIÈRES PLASTIQUES, ET MON EXPÉRIENCE PARTICULIÈRE
2.3 - L'USINE
2.4 - QUELQUES PERSONNALITÉS
2.5 - LES GENS DES BUREAUX, LES FEMMES
2.6 - LA VIE À L'USINE
2.7 - LA VIE SYNDICALE
5.1 - LE POUVOIR PERSONNEL ET LA COLLABORATION DE CLASSE
5.2 - LES GRÈVES DE 59
5. 2.1 - LE DÉBUT
5.2.2 - LES SECTEURS DE LUTTE
5.2.3 - LA FIN DE LA GRÈVE
5.2.4 - INITIATIVES DE TOUS
12.1 - LA FORMALISATION DE LA MÉTHODE
12.2 - CONTENU RAPIDE DE LA MÉTHODE
12.3 - LA FORMALISATION ET LE MONDE RÉEL
12.4 - LA FORMALISATION DES “POSTULATS D'ESPÉRANCE”
12.4.1 - POSTULAT 1
12.4.2 - POSTULAT 2
12.4.3 - COMMENTAIRES
19.1 - LA MÉTHODE
19.1.1 - JE ME SUIS DONNÉ UNE MÉTHODE
19.1.2 - POURQUOI UTILISER L'EXPRESSION "OPÉRATION QUALIFIANTE" ?
19.1.3 - VUE D'ENSEMBLE DE LA MÉTHODE
19.1.4 - DÉFINITION DE LA MÉTHODE
19.1.5 - LES MÊMES RÈGLES ...
19.1.6 - LA MORALE DES RÈGLES RCS
19.1.7 - LES TERMES "RESPONSABLE, CRÉATEUR, SOLIDAIRE"
19.2 - LES POSTULATS D'ESPÉRANCE
19.2.1 - POSTULAT 1
19.2.2 - POSTULAT 2
19.2.3 - IL S'AGIT DE POSTULATS PLUTÔT “DE GAUCHE"
19.3 - DÉFINITION DES TERMES STRUCTURANTS EMPLOYÉS
19.3.1 - LE MONDE
19.3.2 - L'ÉQUILIBRE CRÉATEUR
19.3.3 - RESPONSABLE COLLECTIF
19.3.4 - RELATIONS ENTRE RESPONSABLES INDIVIDUELS ET RESPONSABLES COLLECTIFS
19.3.5 - MONDE OBJECTIF ET MONDE SUBJECTIF
19.4 - POSTULATS D'ESPÉRANCE, OPÉRATIONS RCS ET IDÉAL
19.4.1 - POSTULATS D'ESPÉRANCE ET OPÉRATIONS RCS
19.4.2 - L'ASPECT DU MONDE LE PLUS IMPORTANT POUR MOI
19.4.3 - L'IDÉAL NON AVOUABLE D'UN CITOYEN RCS
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