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Huit jours dans un mouroir

 

On djeune par petites tables de quatre.

 

Le premier jour, midi, jarrive ma place. Mon voisin den face, comme bonjour, pour se prsenter, me dit :  Hier soir, les aides-soignantes mon fil un vase exprs pour pisser, jai pas mouill mon lit  ... Je comprendrai plus tard quil vient tout juste de simposer ma table : il ne supportait pas une certaine voisine sa table prcdente.

 

Mon voisin de droite, que japprendrai connatre un peu mieux que les autres, est absent, il ne viendra pas djeuner ce jour l ... Il est facilement de mauvaise humeur, il engueule sans cesse le personnel qui est fminin et noir, trs  nounou souriante  (avec la consigne contradictoire et impressionnante de  responsabiliser  le plus possible les malades).

 

Je coupe la viande de mon troisime voisin qui  tient en permanence entre ses mains sa belle tte lexpression triste, et ne prononce pas un mot. Emu et affam, il avale tout, il navait pas tant mang depuis longtemps me dit-on.

 

Le soir, aprs diner, on se quitte, avec un sourire triste  A demain, peut-tre !  ... Pour conjurer le mauvais sort ?

 

Mon voisin de droite ma invit dans sa chambre. Il est sur un fauteuil roulant, il na quune jambe. Il lutte contre sa maladie en crivant des pomes  senss, en prose ( tout le monde ne peut pas tre Prvert ). Les poèmes, plusieurs dizaines, sont dans un classeur à chemises transparentes.

 

Il a son ex chienne (une petite fox) incinre dans une boite cigares devant lui sur son bureau. Il fait de lhumour, il me dclare quil aime les voitures sombres. Pourquoi ?  Elles savent o elles doivent aller Voitures sombres, pompes funbres ! .

 

Etc. Moi je vais nettement mieux queux tous, je sorts demain. Ils restent l, je les reverrai peut-tre un jour ?